Le tourisme commence peut-être bien avant le voyage

Silhouettes de voyageurs dans un hall d’aéroport, avant le départ

Quand on part en voyage, il y a toujours eu, quelque part, une première envie. Une destination dont on rêvait, une mode, une suggestion d’amis, un souvenir, une image, une curiosité soudaine… parfois tout cela à la fois.

Rien de très mystérieux, finalement, et pourtant, si l’on remonte le fil, une question apparaît : pourquoi ici plutôt que là-bas ? Pourquoi avons-nous soudain envie d’un endroit auquel nous ne pensions pas quelques mois auparavant ? Pourquoi certaines destinations s’imposent-elles dans nos imaginaires, tandis que d’autres restent hors de notre champ de vision ?

Nous aimons penser que nos envies de voyage nous appartiennent, mais elles ne naissent pas de nulle part… Elles se construisent à partir de ce que nous voyons, entendons, de ce que d’autres nous racontent et de ce que notre époque choisit de nous montrer.

C’est peut-être là, bien avant le départ, que commence réellement le tourisme.

Des envies qui ont une histoire

Un livre, un film, un reportage ou le récit d’un ami ont toujours pu faire entrer une destination dans nos rêves. Aujourd’hui s’y ajoutent réseaux sociaux, créateurs de contenu, plateformes, campagnes de promotion et algorithmes.

Et, je vais vous étonner, ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose : cette visibilité peut révéler un territoire, créer de l’activité, faire découvrir un patrimoine oublié ou nous conduire hors des itinéraires les plus évidents.

Quand la mécanique change d’échelle

Mais que se passe-t-il lorsque cette mécanique change d’échelle ?

Quelques images deviennent des milliers, une recommandation devient une tendance, un lieu confidentiel devient incontournable. Nous mesurons beaucoup les flux de voyageurs, mais beaucoup moins les flux de désir qui les précèdent.

Or ce désir finit par « produire » des voyages, des hébergements, des investissements et parfois des transformations profondes des territoires.

Qui est responsable du désir ?

Soyons clairs, il ne s’agit pas d’arrêter de montrer le monde, ce serait absurde et triste, mais le pouvoir de rendre un lieu désirable entraîne-t-il une responsabilité sur ce que cette désirabilité peut produire ?

Journalistes, créateurs de contenu, plateformes et professionnels du tourisme ne jouent pas le même rôle. Pourtant, chacun participe à ce qui devient visible, désirable puis, parfois, incontournable.

Trouver une réponse n’est pas simple et, honnêtement, je me méfierais de ceux qui prétendraient en avoir une sûre et certaine.

Déplacer la question

Alors, comment faire ? Peut-être en nous intéressant à cet instant presque invisible où un lieu cesse d’être seulement un lieu pour devenir, dans notre imaginaire collectif, une destination, car bien avant les flux et les limites, il y a eu quelque chose de plus immatériel : l’envie d’y aller.

Si nous voulons mieux comprendre les flux touristiques de demain, demandons-nous peut-être : qui fabrique vraiment aujourd’hui nos désirs de voyage ?


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Pour aller plus loin

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Portrait de Fabio Casilli

Fabio Casilli

Professionnel du tourisme depuis plus de 35 ans, entre réflexion, conseil, formation et transmission.

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